Créer avec un tissu qui refuse d’aller plus vite : le choix du Kanvô

Dans l’industrie de la mode, tout est généralement organisé autour d’un calendrier.

Les collections sont planifiées plusieurs mois à l’avance, les matières sont commandées selon des quantités précises et chaque étape répond à une date de lancement.

Lorsque Rosyne Club a choisi d’intégrer le Kanvô dans certaines de ses créations, nous savions que cette logique allait changer.

Parce que le Kanvô ne suit pas le rythme d’une usine.

Il suit celui des artisans qui le tissent.

Et ce sont eux qui donnent le tempo.

Un patrimoine textile toujours vivant

Le Kanvô est un tissu traditionnel béninois tissé entièrement à la main. 

Son histoire remonte au royaume du Dahomey, où ce savoir-faire s’est développé au fil des générations. Aujourd’hui encore, il fait partie du patrimoine textile du Bénin. En 2017, le pays a créé le Label Kanvô afin de préserver et de valoriser ce savoir-faire.

Collection : Collection Kanvô Rosyne Club

Le Kanvô qui prend forme sur les métiers à tisser

 

Comme le Kente au Ghana ou l’Aso Oke au Nigeria, le Kanvô est l’un des grands textiles traditionnels d’Afrique de l’Ouest.

Mais ce qui nous a donné envie de travailler avec lui ne se résume pas à son histoire.

C’est la manière dont il continue d’être fabriqué.

Aujourd’hui encore, plusieurs artisans béninois le tissent à la main, chacun sur son propre métier à tisser, selon son rythme, son savoir-faire et les quantités qu’il est en mesure de produire.

Une histoire personnelle

Pour Jamal Chleuh, cofondateur de Rosyne Club, le Kanvô fait partie de son histoire bien avant la création de la marque.

Enfant à Cotonou, il accompagne régulièrement sa mère, Rosyne, couturière, sur les marchés de tissus. Il découvre les matières, les couleurs, les gestes des artisans et l’importance de la confection dans la culture béninoise.

Issu d’une famille liée à l’histoire du royaume du Dahomey, il a toujours considéré le Kanvô comme un patrimoine vivant, bien avant d’imaginer l’intégrer à des créations contemporaines.

Jamal cofondateur de Rosyne Club, sélectionne des bandes de Kanvô auprès d’artisans béninois avant leur intégration dans les collections de la marque.

 

Choisir le rythme des artisans

Lorsque nous travaillons le Kanvô, nous ne choisissons pas uniquement une matière.

Nous choisissons aussi de travailler avec plusieurs artisans qui perpétuent ce savoir-faire.

Cela signifie accepter que chacun avance à son rythme.

Que les quantités disponibles évoluent progressivement.

Et que le tissu ne sera prêt que lorsque leur travail sera terminé.

Nous ne demandons pas aux artisans d’accélérer leur production pour répondre au calendrier d’une collection.

C’est à nous d’adapter notre organisation à leur manière de travailler.

Une autre façon de créer

Le Kanvô influence directement notre manière de développer certaines pièces.

Nous travaillons avec les quantités réellement tissées, et non avec des volumes théoriques.

Il nous est déjà arrivé de repousser la confection d’une pièce parce que les dernières bandes de Kanvô n’étaient pas encore disponibles. Non pas parce qu’il y avait un retard de production, mais simplement parce que les artisans poursuivaient leur travail.

Dans ces moments-là, nous avons toujours fait le même choix.

Attendre.

Nous pourrions remplacer le Kanvô par une autre matière ou demander que le travail soit accéléré.

Nous préférons respecter le rythme de fabrication de ce tissu.

Parce qu’à nos yeux, le temps consacré à son tissage fait partie de sa valeur.

Derrière chaque bande de tissu

Lorsque le Kanvô arrive dans notre atelier de Cotonou, nous ne voyons pas seulement une matière.

Nous voyons des heures de travail.

Des gestes répétés.

Des techniques transmises de génération en génération.

Des femmes et des hommes qui continuent de faire vivre un savoir-faire unique.

Les légères variations de texture ou de tissage ne sont pas des imperfections.

Elles sont la trace d’une fabrication artisanale.

Elles rappellent qu’avant d’arriver dans notre atelier, chaque bande de Kanvô est d’abord passée entre les mains de plusieurs artisans.

Plus qu’un tissu

Chez Rosyne Club, le Kanvô n’est pas seulement un tissu traditionnel béninois.

Il représente une autre manière de concevoir la création.

Chaque bande de Kanvô est tissée à la main avant de donner naissance à cette création Rosyne Club.

 

Une manière où l’on accepte que la matière impose parfois son propre rythme.

Une manière où l’on construit une collection avec les artisans, plutôt que contre le temps.

Dans un monde où tout semble devoir aller toujours plus vite, le Kanvô nous rappelle qu’il existe encore des savoir-faire qui ne peuvent pas être accélérés sans perdre ce qui fait leur valeur.

C’est précisément pour cette raison que nous avons choisi de créer avec lui.

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